Torqeedo Cruise 10.0FP en re-motorisation sur une vedette fluviale de 9m

Quel bonheur de naviguer sans bruit et sans odeur sur nos magnifiques canaux.. C’est le choix que vient de faire Hervé pour re-motoriser sa Vedette Anglaise de 9m pour 5 tonnes. Ne sachant pas vraiment quoi faire de sa Freeman 30, acquis il y a plusieurs années et dont les vieux moteurs thermiques ne sont plus en état de fonctionner, ni d’être réparer. Hervé a décidé de les remplacer par deux POD électriques Torqeedo Cruise 10.0FP. Dans cette petite interview, Hervé nous explique sont choix.

L’interview en 11 Questions :

1/ En quelques lignes, pouvez vous nous présenter votre bateau (votre choix, l’idée de départ, les différente étapes, les problèmes rencontrées,..)

Il s’agit d’une vedette anglaise de 1964, une Freeman 30. Nom de baptême Jaquenetta. John Freeman était un fabriquant qui a disparu dans les années 80 mais qui conserve de nombreux adeptes en Angleterre.  Jaquenetta est une vedette à coque semi-déplacement  en frégate de 9m, habitable et autonome; alors motorisée par deux diesel de 60/70cv. 

Nous avions eu la chance de la croiser lors d’une sortie sur La Vilaine, elle était alors à vendre. Ce fut un véritable coup de cœur et nous l’avons acquise. 

Après quelques navigations, une restauration du pont et un traitement contre l’osmose, les aléas de la vie nous ont amenées à nous interroger sur le devenir de cette belle vedette. 

Les moteurs thermiques étant une contrainte lourde d’entretien, nous avons décidé de la re motoriser en électrique l’année dernière. Et de pousser le raisonnement jusqu’à faire le circuit d’eau fermé et de passer au WC chimique (certes un peu contraignant, mais plus propre)

Les caractéristiques de votre bateaux ? 

9m de long, 2,86m au plus large pour environ 5 tonnes. Habitable et autonome avec 5 couchages, douche, évier et frigo. 2,5m de tirant d’air et moins de 75cm de tirant d’eau. Le retrait des moteurs d’origine (-1 tonne) a remonté la ligne de flottaison de 20cm environ. L’assiette est quelque peu modifiée; la ligne est moins cabrée, et est dorénavant quasi horizontale. La manœuvrabilité est quasi inchangée, et aucun phénomène de godille n’est apparu. La présence de deux moteurs Torqeedo Cruise 10.0FP offre de toute façon une manœuvrabilité excellente; on peut faire demi tour sur place. 

2/ Quel est votre programme  de navigation ? 

Habitant au confluent de La Vilaine et du canal de Nantes à Brest, à 4h de navigation de l’estuaire de La Vilaine , le programme est large, mais avec une préférence pour le fluvial. 

Notre situation géographique nous permettant aisément de partir vers Saint Malo, Pontivy (et au delà le Blavet), ou Nantes et même jusque Le Mans côté fluvial, mais aussi Houat, Hoedic, Quiberon et Belle-Ile côté mer. 

3/ Pourquoi avoir choisi une motorisation électrique pour propulser votre bateau ?

Pour être cru, j’en avais soupé des contraintes d’entretien des moteurs thermiques : gasoil, filtres à air, essence, décanteurs, échangeurs, turbines… tout cela était lourd à gérer, malgré la qualité de réalisation avec deux énormes moteurs de 3,6l de cylindrée, des graisseurs à vis et une ligne d’arbre en bronze. 

Une seule option, l’électrique sans en connaître la moindre existence pour un tel bateau. 

4/ Avez-vous fait beaucoup de recherche autour de la propulsion électrique avant de faire votre choix ?

Partant très sincèrement d’une intuition inspirée par les moteurs de petites embarcations de pêches, je me suis lancé dans une recherche exhaustive des solutions possibles 

Retrouvez l’essai du Torqeedo Cruise 10.0R sur le bateau électrique Blue Pearl

5/ Comment avez-vous connu Torqeedo ?

A force de recherche sur le net, la marque Torqeedo apparaissait fréquemment et semblait présenter la plus large et « ancienne » expérience pour ce type de motorisation. 

6/ Quel moteur avez-vous choisi (Pourquoi ?)  et avec quelle type de batteries ?

Venant de moteurs inboards et de lignes d’arbre, une solution de remplacement tel que les Deep Blue semblait intéressante, mais les contraintes budgétaire et d’espace parc de batteries 360V) d’une part, et la ligne d’arbre d’autre part, mais surtout l’existence de safrans m’ont vite orienter sur les moteur « fixed pod » de la marque. 

Il restait de choisir en 2, 4 ou 10kW de puissance. 

Partant quand même d’une puissance d’origine « confortable » de 140CV environ, le choix fut de 2 moteurs Torqeedo Cruise 10.0FP avec pour chacun 2 batteries Lithium Torqeedo Power 48-5000. Autant profiter tout de suite de ce qui ce fait de mieux!


Torqeedo Cruise 10.0FP

Cruise 10.0 FP
Puissance d’entrée en watts10 000
Puissance de propulsion en watts5 600
Équivalent à un hors-bord thermique de (puissance de propulsion)20 CV
Équivalent à un hors-bord thermique de (poussée)25 CV
Rendement global maximum en %56
Poussée statique en lbs*≤ 405
Tension nominale en volts48
Poids total en kg33,5
Hélice standard(v = vitesse en km/h pour puissance p en watts)v15/p10k
Autres hélices au choixv15/p10k Cruise 10.0 (Hélice repliable) v22/p10k v32/p10k
Vitesse maximale de l’hélice à plein régime en rpm1 400
CommandeManette de commande
Accélération continue AV/AROui
Ordinateur de bord intégré avec moniteurOui

7/ A quelle vitesse naviguez vous le plus souvent ? 

Typiquement, nous ne sommes pas à la recherche de vitesse, même du temps des moteurs thermiques. Pour nous naviguer est synonyme de paix et tranquillité. Et de plus, sur les canaux bretons la vitesse et limitée à 8km/h généralement. 

8/ Pour vous, quel est le meilleur régime (vitesse / watts) du Torqeedo avec votre bateau ?

Le meilleur rendement est entre 900 et 1200W. Ces régimes nous permettent de naviguer entre 6 à 8 km/h dans un silence quasi absolu. 

Les quelques essais (prudents) ont montré une progression du rapport vitesse/puissance consommée de puissance 3. 

6 à 7 km/h à 1000W, 9 à 10km/h à 3000W. Je n’ai pas poussé au delà pour l’instant. Malgré un renforcement de la structure, la prudence est déjà de voir comment celle-ci résiste face au changement de charge : des membrures d’origine qui supportaient la poussée des lignes d’arbre en compression au stratifié de fond de coque qui travaille maintenant en flexion (que j’ai passé de 1/2” à 2,5” pour le rigidifier – et oui, mesures en pouces, la belle est anglaise!). 

9/ Arrivez vous facilement à gérer l’autonomie ? Et est ce un stress ?

Dans les puissances citées précédemment, l’autonomie est de 50 à 60km au moins sur les canaux. Donc largement suffisant entre deux étapes. De plus, le plaisir ne s’arrête pas à la navigation au fil de l’eau, mais aussi à la découverte des lieux parfois magiques de la Bretagne. Donc, la navigation au moteur sur une journée ne dépasse jamais 30km et donc pas d’inquiétude de ce point de vue à ce jour. Nous n’avons pas encore fait d’essais en mer. On verra alors. 

10/ Pour vous à comparer à un moteur thermique, quels sont les avantages à naviguer en électrique ?

Énorme! C’est tout simplement énorme : le silence, et l’absence d’odeur de gasoil et de gaz d’échappement sont de véritables bonheurs. J’avoue qu’il nous est arrivé de croiser des bateaux « traditionnels » et être incommodés par les fumées d’échappement – qui de plus intolérant qu’un nouvel abstinent!- .

Et il n’y a plus de trousse à outil dans les coffres ! En l’absence de toute mécanique, plus besoin d’outils et autres pièces de rechanges! Avant, il y en avait partout! Quel gain de place et de sérénité. 

11/  Quel conseil donneriez vous à une personne qui souhaite naviguez avec une propulsion électrique ?

Ne pas hésiter à franchir le pas!

Performance des 2x Cruise 10.0FP sur la vedette Anglaise Freeman 30

L’essai c’est déroulé sur la Vilaine au niveau de Rieux. La vitesse étant limitée, nous n’avons pas poussé les deux Torqeedo Cruise 10.0FP à plein régime ( 20 000 watts).

VitesseConsommation en watts
4 km/h500 watts
4,5 km/h1000 watts
5,3 km/h1500 watts
6 km/h2000 watts
7 km/h2500 watts
7,6 km/h4000 watts
8,8 km/h6000 watts
9,5 km/h8000 watts

Test avec 1 seul Torqeedo Cruise 10.0FP

5,6 km/h1500 watts
6,6 km/h3000 watts

Quelle autonomie à quelle vitesse ?

Nous remercions Hervé pour ce retour d’information qui illustre bien que re-motoriser avec une propulsion électrique est de l’ordre du possible. Notamment pour une navigation “Fluviale”. Pour ce type de navigation ou la vitesse est généralement limité à 8 km/h, l’autonomie est loin d’être problématique. Si toute fois, vous souhaitez re-motoriser votre bateau, n’oublier de vous posez la question : Quelle autonomie à quelle vitesse ? car qui permettra de déterminer la bonne motorisation avec le bon parc de batteries..