Torqeedo Cruise 4.0RL en Twin pour propulser une péniche de 14 m

Passer une année à naviguer sur les canaux de France et de Belgique à bord d’une péniche de 14m. C’est le projet de Olivier et de sa famille. Et pourquoi pas faire une partie de cette navigation avec une propulsion électrique…

Olivier à eu la gentillesse de nous faire partager son expérience d’une année de navigation à bord de sa péniche équipée par une propulsion électrique.

1/ En quelques lignes, pouvez-vous nous présenter votre projet de voyage et votre bateau (votre choix, l’idée de départ, les différentes étapes, les problèmes rencontrées, ,..)

Afin de rompre avec le rythme effréné de nos vies, nous avons eu le désir de passer une année sabbatique en famille à un autre rythme.  La nature et l’eau nous attiraient sur différents aspects.  N’ayant pas d’expérience de navigation en bateau à voile en mer nous avons décidé de partir faire l’expérience en bateau fluvial.  L’idée de parcourir l’intérieur des terres à la découverte d’une autre réalité tout en suivant les cours d’eau à 4 km/h en moyenne au lieu de 120 km/h sur autoroute nous réjouissait !  Notre première expérience de 6 mois en camion/camping-car en Nouvelle-Zélande nous a permis d’apprécier l’aspect cocoon et stabilisant d’un habitat mobile pour nos 3 enfants et par conséquence le choix d’un voyage en bateau a été une évidence. Eau, Terre, Vent, Feu et de belles découvertes et rencontres au programme.

2/ Les caractéristiques de votre bateau ?

Un bateau ce n’est qu’une somme de compromis !!

Notre bateau fait 15m de long sur 4m50 de large . +/- 12 m à ligne de flottaison x 3.68 m coque ligne de flottaison

Il fallait choisir un bateau qui puisse accueillir une famille de 5, pendant 1 an et apporter un confort pour passer la période hivernale mais aussi naviguer les quelques 3.000 km du périple de 12 mois.  

Nous cherchions un bateau de moins de 15 mètres avec une motorisation sous les 20km/h car en Belgique la législation permet de naviguer sans permis sous la combinaison de ces deux critères. Ceci facilite d’ailleurs la revente ou la location.  Rester sous les 15 m offre beaucoup d’avantages concernant les taxes, les prix des ports, la facilité de déplacement et les emplacements d’amarrages.

En acier mais tout de même suffisamment léger (19 tonnes)

Le deuxième critère était le choix d’un bateau en acier pour une question de solidité, de longévité, de flexibilité d’aménagement et de bien-être car l’idée d’être entourée de plastique polyester ne nous plaisait pas.

Un aspect important était le poids du bateau afin de rendre l’autonomie en électrique réaliste et viable.  Le nôtre fait maintenant 19 tonnes en pleine charge.

Maison flottante écologique et autonome.

En attendant de construire un jour une maison écologique, nous voilà lancé sur un projet de maison flottante écologique avec tous les challenges techniques pour atteindre l’autonomie recherchée : hors de question d’avoir la contrainte de dépendre uniquement des ports qui limitent la liberté d’action et qui pour une période si longue rajoute des coûts que nous voulions éviter.

De plus, étant un fervent de motorisation électrique (pionnier dans les scooters électriques) et étant sensibilisé aux énergies et habitats alternatifs, le désir était de combiner le projet familial avec un projet écologique.

Agir plutôt que de seulement penser et parler.

Notre bateau est, après transformation, hybride dans le sens qu’il est équipé de deux moteurs électriques tout en ayant gardé le moteur thermique d’origine.

Pour garantir notre autonomie, le bateau est muni de panneaux solaires photovoltaïques, de panneaux thermiques, d’une éolienne, d’une génératrice. 

Nous pompons aussi directement dans le canal nos besoins en eaux sanitaires : douches, lavabo et évier après filtrage.  Nous avons une réserve d’eau de distribution que nous filtrons avec un système de filtre à céramique.

En matière d’écologie, nous avons aussi opté pour un poêle à bois et des toilettes sèches.  Le filtrage des eaux grises avant rejet au canal est en phase de tests mais pas encore totalement au point.

3/ Pourquoi avoir choisi une motorisation électrique en plus de votre motorisation principale pour propulser votre bateau ?

Le choix de l’électrique était une évidence au niveau pollution de l’air (well-to-wheel) mais aussi pollution de l’eau et pollution sonore. Le silence de l’électrique est un plaisir renouvelé au quotidien qui nous offre l’impression de glisser sur l’eau et de se fondre dans la nature.

La caricature de faire un beau voyage au fil de l’eau en laissant derrière nous une empreinte de pollution de l’air et de l’eau sans réfléchir plus loin et sans agir n’était pas pensable.

Ce qui a été moins évident à prendre comme décision était de savoir si nous allions laisser le moteur propulsion thermique d’origine en place ou pas.   Nous aurions pu choisir de mettre à la place une génératrice et des moteurs plus puissants mais nous aurions dû passer à un voltage plus élevé soit de l’ordre de 300 à 400 V.

Nous avons finalement opté pour une hybridation avec 2 systèmes totalement séparés : le moteur thermique propulsion d’origine (59 cv) avec son arbre d’hélice centrale d’origine et rajouté à cela 2x Torqeedo Cruise de 4 kW (2 * 6ch) à la poupe bâbord et tribord. Ce choix permettait de rester dans une configuration 48 volt car le moteur d’origine pouvait servir lorsque dans certains cas plus de 12ch sont nécessaires. Ceci est le cas lorsque certains fleuves comme le Rhône sont à remonter.  Le choix du 48V permettait aussi de limiter les dépenses en batteries et type de moteur. Le fait d’avoir opté pour 2 moteurs électriques au lieu d’un seul permet une manœuvrabilité grandement accrue du bateau. De plus, le joystick qui manœuvre les moteurs répond plus vite qu’une barre et est plus confortable.

Une génératrice couplée aux batteries des moteurs électriques pour prolonger la navigation au-delà de la capacité des batteries a été installée bien que dans les faits la génératrice est rarement utilisée pour recharger ou maintenir les batteries propulsion.  Elle est surtout utilisée pour recharger les batteries de servitude et produire de l’eau chaude par cogénération essentiellement.

4/ Avez-vous fait beaucoup de recherches autour de la propulsion électrique avant de faire votre choix ?

Se lancer dans un projet d’électrification d’un bateau de cette taille a nécessité beaucoup de prise de références qui ont montré que d’autres exemples ont existés au cours des 20 dernières années. Les expériences de l’électrique à ses débuts non pas toujours été faciles. Nous avons été voir des exemples aux Pays-Bas, en France et même à l’université de Birmingham où nous nous sommes intéressés à un bateau à l’hydrogène mais cette technologie est encore bien trop chère pour nous et l’approvisionnement plus compliqué.

Après toutes nos recherches, nous avons fait le choix d’avoir deux systèmes totalement indépendants.  Nous avons été bien inspirés sur ce point fondamental en ce qui concerne un bateau de notre taille et de cette intensité d’utilisation et les nombreux conseils de Bateau Concept ont été très précieux.

Parmis les livres de référence il y a « La plaisance éconologique » de Paul de Haut édition Vagnon.  Il est assez basique et date déjà de 2010.  Tout de même intéressant à lire.

5/ Comment avez-vous connu Torqeedo ?

Nous avons vu Torqeedo pour la première fois à Hiswa à Amsterdam. Bateau Concept qui a été notre chantier naval était lui déjà installateur Torqeedo.  Au salon nautique de Paris nous avons rencontré d’autres fabricants de moteurs électriques mais la couverture géographique du service après-vente jouait en faveur de Torqeedo.

6/ Quel moteur avez-vous choisi (Pourquoi ?)  et avec quelle type de batteries (Pourquoi)  ?

Nous avons choisi 2x moteurs Torqeedo Cruise 4.0RL après avoir pu tester les performances réelles car Torqeedo nous a prêté des moteurs démo et que Bateau Concept a eu l’ingéniosité de faire les essais avec des batteries d’un chariot élévateur.

Nous avons choisi les arbres longs pour éviter que les hélices ne cavitent. A 55 cm de tirant d’eau les moteurs électriques sont tout juste encore protégés par le bas de la coque du bateau.  Nous avons dû toutefois rajouter des protections latérales.

Les batteries choisies sont de Lithium HE 24V/200Ah soit des packs de 5kWh.  6 pour la propulsion soit 30kWh.  Ces 30kWh donnent avec un taux de réserve de 30% une capacité utile réelle de 24kWh.

Les mêmes batteries sont sélectionnées pour la servitude avec 2 Lithium HE 24V/200Ah soit 10kWh pour la servitude.   Nous tenons 2 à 3 jours et 2 à 3 nuits en autonomies sans recharge en fonction des conditions climatiques et ensuite nous enclenchons la génératrice pour 2 à 3 heures.  Dernièrement, en 3 mois nous n’avons été que 3 nuits dans un port ce qui permet de justifier les investissements d’autonomies.

Quant à l’eau chaude, elle est assurée par la cogénération sur le circuit de refroidissement de la génératrice et les panneaux thermiques. Le chauffage par l’électrique est impensable.  Un poêle à bois est une merveille.

7/ A quelle vitesse naviguez-vous le plus souvent ?

La vitesse maximale à l’électrique sans courant est de 7,5km/h.  A cette vitesse on consomme toutefois 8kW/heure et les 24kW sont vidés en 2h30 pour un peu moins que 20km parcouru.

D’habitude dans les canaux, nous naviguons à 4,5 à 5 km/h ce qui consomme 4kW par heure soit 6 heures d’autonomie.  Comme en même temps 700 W en moyenne sont fournis par les panneaux solaires nous parcourons de l’ordre de 30km avant d’atteindre les 30% de minimum de charge des batteries pour la propulsion.

8/ Pour vous, quel est le meilleur régime (vitesse / watts) de vos deux Torqeedo avec votre bateau ?

A mon sens, il n’est pas utile de dépasser les 2.000 W / moteur soit 4.000W de puissance totale fournie aux moteurs en vitesse de croisière de 5 km/h.


Performances des 2x Torqeedo Cruise 4.0RL sur cette péniche de 15m pour 19 tonnes.
Vitesse en km/h à une puissance : (ici c’est la somme des puissance des 2 moteurs)  = 2x250W =500W indiqué en face de 500W

500 watts : 2.6 km/h       1 000 watts : 3 km/h

1 500 watts : 3.6 km/h   2 000 watts : 3.8 km/h   

2 000 watts : 3.8 km/h 2 500 watts : 4 km/h
3 000 watts : 4.1 km/h       3 500 watts : 4.3 km/h
4 000 watts : 4.5 km/h     4 500 watts : 4.6 km/h  

4 500 watts : 4.6 km/h 5 000 watts : 4.9 km/h

5500 watts : 5.2 km/h       6 000 watts : 5.3 km/h
6 500 watts : 5.4 km/h       7 000 watts :  5.5 km/h 
7 500 watts : 5.6 km/h       8 000 watts : 5.7 km/h


2 barres plongeantes de 80 cm protègent les moteurs: sans barre à 4.000 W donnait 5.1km/h au lieu de 4.5km/h lors d’un précédent test.
Lors de test précédents à 2X 4375W=8750W sans barres vitesse maximale de 7.4km/h.

9/ Arrivez-vous facilement à gérer l’autonomie ? Et est-ce un stress ?

Gérer l’autonomie revient en réalité à gérer les tentations de vouloir aller plus vite et l’impatience de certains passagers. Il suffit de ne pas vouloir naviguer à 7 km mais plutôt de rester à 4,5/5 km/h.  Gérer les recharges des batteries propulsion vient tout simplement en parallèle à la gestion des batteries servitudes.  Plusieurs solutions s’offrent à nous ; soit nous avons du temps devant nous et un séjour sans naviguer ou presque pas permet aux batteries de se recharger via les panneaux solaires. Soit nous mettons la génératrice en route pour 2/3 heures ou troisième option c’est un port qui nous attend et en une nuit, avec une simple prise 16A qui délivre 3kW on recharge les 24kWh de batteries propulsion et les 7 kWh de batteries servitude si on arrive à vide et que le lendemain on doit repartir. 

Le fait d’avoir plusieurs alternatives, nous apportent d’avantage d’autonomie et donc moins de stress.

Le vrai stress, (qui n’en est pas vraiment un) ne vient pas de la gestion de l’électrique mais plutôt la motivation à ne pas avoir à naviguer à la propulsion thermique.

A Lire également notre article sur la remotorisation d’une vedette fluvial avec un Torqeedo Cruise 10 FP

10/ Pour vous à comparer à un moteur thermique, quels sont les avantages à naviguer en électrique ?

Le silence et l’absence de vibrations sont un confort direct immense. Comme nous le disions précédemment nous avons l’impression de glisser sur l’eau et de nous fondre dans la nature.  Certaines fois, par exemple nous surprenons un héron qui ne nous avait pas entendu venir. Les plaisanciers chevronnés sont eu aussi toujours très agréablement surpris quand ils mottent à bord pour quelques kilometres.

Et puis, il y a évidemment l’absence de rejet de fumées et de particules fines. En plus, sur l’eau chaque opération de remplissage des cuves à gasoil/diesel est un risque de pollution de l’eau.

C’est aussi pour nous l’occasion de faire « un geste pour la planète »; Se lancer le défi de faire autrement et avancer avec cette énergie non fossile tout en sachant qu’à ce jour en France la grande majorité de l’électricité est encore souvent fournie par le nucléaire.  Nous espérons que cette énergie de transition qu’est le nucléaire sera majoritairement remplacée par des énergies renouvelables.

Nous sommes aussi conscients que la production et le recyclage des batteries et des panneaux solaires ne sont pas sans impact environnemental.  

Mais pour nous, c’est en expérimentant et en osant que les choses bougent et avancent.

11/ Dans votre voyage, quel est la proportion de l’utilisation de la motorisation électrique par rapport au moteur thermique ? A ce jour, pouvez-vous estimer votre nombre d’heure d’utilisation en propulsion « électrique ».

La réponse dépend des trajets que nous avons effectués :

Sur le trajet Mâcon – Belgique soit 42 jours de navigation et +- 800km le moteur thermique n’a tourné que 50 heures soit 25% des quelques 200h de navigation. Donc 75% du temps nous naviguions à l’électrique. Nous avions à ce moment-là, une panne du moteur thermique donc nous étions bien contents d’avoir les moteurs électriques. La génératrice a du parfois être sollicitée bien que nous allions dans les ports pour recharger.

Sur le trajet Belgique retour Mâcon via Paris (fin octobre à fin janvier) ce sont les moteurs électriques qui étaient hors d’usages suite à un engrenage endommagé réparé sous garantie par Torqeedo.  Le moteur thermique a donc dû être utilisé plus que nous ne le voulions mais nous n’avions à ce moment pas de moteur Torqeedo de rechange ce qui aurait changé la proportion d’utilisation de l’électrique.

Au départ de Mâcon vers Trèbes sur le canal du Midi, soit 575 km le moteur thermique n’a tourné que 20 heures soit probablement de l’ordre de 15% des heures de navigation. Les 85% du temps l’était à l’électrique

Pour la remontée du Rhône, le moteur thermique devra inévitablement être utilisé sur bon nombre de parties du Rhône pour ne pas subir une progression de 1 ou 2km/h ou tout simplement reculer à quelques rares endroits même en conditions optimales.

Tabler sur un minimum de 70-75% des heures à l’électrique semble raisonnable. 

Nous avons fait le choix de ne pas ou peu utiliser la génératrice pour charger le pack batteries propulsion sinon nous aurions pu avoir des proportions d’utilisation à l’électrique plus élevées mais faussées car cela eu été avec une diminution moindre de l’utilisation de l’énergie fossile !!

Nous préférons donc de loin l’électrique et donc dans certaines occasions, par exemple lorsque nous avons une longue journée de navigation devant nous, nous utilisons aussi la propulsion thermique. Celle-ci fonctionne également à l’huile végétale qui est moins polluante que le gasoil/diesel et moins chère (1 eur/l au lieu de 1.5 eur/l).

12/ Quel conseil donneriez-vous à une personne qui souhaite naviguez avec une propulsion électrique ?

Je ne peux donner de conseil que pour une expérience en bateau habitable fluvial.  Naviguer avec une propulsion électrique est un plaisir renouvelé quotidiennement. Ceux qui loue un bateau, même pour une semaine devraient chercher à choisir un bateau électrique. Si vous êtes propriétaire d’un bateau habitable fluvial ou achetez un bateau que vous désirez transformer en électrique au moins en partie n’hésitez pas à optez pour une version hybride avec 2 motorisations complètement séparées.  La puissance n’est nécessaire que peu de temps et calibrer les moteurs électriques en tenant compte du relais éventuel du moteur thermique permet d’opter pour une motorisation électrique moins onéreuse que si elle était seule à devoir assumer toutes les circonstances. Ceci est en tout cas vrai dans le cas d’un moteur thermique existant ce qui est souvent le cas.

Notre bateau sera disponible à la location pour des périodes de minimum 1 mois et jusqu’à 11 mois par an pour ceux qui désirent faire l’expérience de la navigation à l’électrique.  Parallèlement 50% du bateau sont à vendre pour créer une copropriété et ainsi mieux utiliser cette infrastructure et partager les frais fixes. +33 6 48 58 69 39 ou +32 483 360 103

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